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·9 min de lecture

Choisir sa plateforme agréée : 145 noms, aucun prix, et trois pièges

La liste officielle donne 145 noms et aucun tarif. Les critères qui départagent vraiment une plateforme agréée, avec les textes qui les fondent.

Vous finissez par ouvrir la liste officielle des plateformes agréées, celle que tout le monde vous dit de consulter. Vous vous attendez à un comparateur. Vous téléchargez un tableur de 145 lignes qui contient un nom commercial, une adresse postale, un site web et un email de contact. Pas un prix. Pas une fonctionnalité. Pas un avis.

Puis vous remarquez qu'il y a un deuxième fichier, et que personne ne vous a expliqué la différence.

Article vérifié le 8 août 2026, sources en fin de page. Les listes officielles bougent de semaine en semaine : les nombres cités ici sont datés, les critères ne le sont pas.

Deux listes, et celle qu'on télécharge par erreur

La DGFiP en publie bien deux, sous des intitulés qui se ressemblent assez pour qu'on prenne l'une pour l'autre.

ListeCe qu'elle contientAu 6 août 2026
Opérateurs satisfaisant à l'ensemble des conditions, tests d'interopérabilité inclusimmatriculation définitive145
Opérateurs ayant déposé un dossier complet et conforme, en attente d'immatriculation définitivedossier accepté, tests non encore réussis19

La différence n'est pas administrative. La page officielle la formule ainsi : « L'immatriculation définitive n'est accordée qu'après réussite des tests d'interopérabilité en conditions réelles. » Un opérateur de la seconde liste a prouvé sa conformité fiscale et la sécurité de ses infrastructures. Il n'a pas encore démontré qu'il sait échanger des factures avec les autres plateformes.

Il existe un moyen simple de les distinguer sans se fier au nom du fichier : la liste définitive porte une colonne « Date de délivrance du numéro d'immatriculation », l'autre non.

Les chiffres, eux, se périment. Il y en avait 101 en janvier 2026, 164 au total début août. Les nombres qui circulent dans la presse spécialisée (137, 140, 156) divergent selon la date du relevé et selon que l'auteur additionne les deux listes ou non. Seuls les fichiers publiés sur impots.gouv.fr font foi, et ils sont republiés régulièrement.

Le réflexe qui règle la question pour beaucoup

Avant d'ouvrir quoi que ce soit, regardez ce que vous payez déjà. Votre banque, votre expert-comptable, votre logiciel de facturation actuel : si l'un d'eux propose la réception, votre démarche se réduit à un accord à signer chez lui.

C'est la voie que la DGFiP décrit en premier : « directement auprès d'une plateforme agréée ou par l'intermédiaire de sa solution habituelle : logiciel de gestion, logiciel de comptabilité, expert-comptable, banque ou autre prestataire ».

« Solution compatible » ne veut pas dire « plateforme agréée »

L'administration a créé deux marques distinctes, et la nuance décide de qui porte la responsabilité.

Une plateforme agréée est immatriculée par la DGFiP, contrôlée, auditée, et c'est elle qui vous déclare dans l'annuaire central. Une solution compatible est un logiciel qui n'est pas immatriculé mais qui est raccordé à une plateforme agréée : vos factures y transitent quand même par le canal légal.

Les deux sont valables. L'obligation porte sur le fait que la facture emprunte une plateforme agréée, pas sur le fait que vous ayez signé avec elle en direct. Ce qu'il faut vérifier, c'est qu'il y en ait bien une au bout de la chaîne, et savoir laquelle : le jour où vous quittez le logiciel, c'est cette plateforme-là que vous quittez aussi.

Si votre banque vous a écrit à ce sujet, la question à lui poser tient en une phrase : êtes-vous immatriculée, ou raccordée à une plateforme qui l'est, et laquelle ?

Le critère que personne ne regarde : ce qui se passe quand vous partez

C'est le point le plus utile du dossier réglementaire, et il n'apparaît dans aucun comparatif.

L'article 289 bis du CGI, dans sa version en vigueur depuis le 21 février 2026, renvoie à un décret le soin de fixer « la durée, qui ne peut être inférieure à un an, des services minimaux devant être fournis par l'ancienne plateforme agréée ». Autrement dit : quand vous changez de plateforme, l'ancienne ne peut pas couper le service du jour au lendemain. Vous avez au minimum un an de continuité.

Ce plancher existe parce que le risque est réel, et il ne vient pas seulement de vous.

Une plateforme peut perdre son agrément. L'article 1788 E du CGI organise ce retrait, dans trois cas : un cumul d'au moins trois sanctions sur deux années consécutives pour un montant d'au moins 60 000 euros suivi d'une nouvelle infraction, le non-respect des conditions d'immatriculation après une mise en demeure de trois mois, ou le non-respect des obligations d'actualisation de l'annuaire après une mise en demeure de quinze jours ouvrés. Le retrait prend effet trois mois après notification, et l'opérateur ne peut redemander son immatriculation qu'au bout de six mois.

L'immatriculation elle-même n'est pas acquise : elle vaut trois ans, renouvelables, sous contrôle continu. Le décret du 27 juillet 2026 a durci le régime en imposant aux plateformes de produire un rapport d'audit de surveillance dans les deux ans suivant la délivrance de leur numéro, d'informer sans délai de tout changement substantiel, et de communiquer l'identité des personnes qui les contrôlent.

Le nom même du fichier de la liste définitive le trahit : liste_pa_attente_rapport_audit. Ces 145 opérateurs sont immatriculés, et ils doivent encore leur rapport d'audit.

Rien de tout cela ne doit vous inquiéter outre mesure. Ça change simplement la question qu'on pose avant de signer : non pas « est-ce que cette plateforme est agréée aujourd'hui », mais « qu'est-ce qui se passe pour mes factures si elle ne l'est plus, ou si je veux en changer ».

Vous pouvez en avoir plusieurs, et vous pouvez en changer

Deux libertés que la lecture rapide des textes fait souvent manquer.

La formulation officielle est au pluriel : « Toute entreprise est libre de choisir la (ou les) plateforme(s) agréée. » Rien ne vous enferme dans un opérateur unique.

Et le choix n'est pas définitif. C'est même précisément ce que la durée minimale d'un an protège. Pour un auto-entrepreneur qui n'a, en 2026, qu'une obligation de réception à satisfaire, ça retire beaucoup de poids à la décision : ce n'est pas un engagement de dix ans, c'est une adresse de réception, et elle se déménage.

Ce que la liste ne dit pas, et qu'il faut aller chercher

La liste officielle donne un nom, une adresse, un site et un email. Elle ne dit rien du périmètre des services, rien des tarifs, rien de la qualité. L'administration ne garantit aucun prix, et ne s'en cache pas : une recherche des mots « gratuit », « coût », « tarif », « prix » et « payant » dans le guide de démarrage et les deux FAQ de la DGFiP ne remonte aucune occurrence. Le droit exige un canal, jamais une dépense.

Quatre questions à poser à l'opérateur, dans l'ordre où elles coûtent cher si on les oublie :

  1. Le service de réception est-il inclus, ou vendu à part ? Beaucoup d'offres annoncées à 0 euro le sont sur la brique facturation, et la réception est ailleurs dans la grille.
  2. Que devient l'accès à mes factures reçues si j'arrête de payer ? Une facture reçue est une pièce comptable à conserver six ans.
  3. Êtes-vous sur la liste définitive ou sur celle en attente ? La réponse est vérifiable en trente secondes dans le bon fichier.
  4. Que se passe-t-il si je change de plateforme ? Vous savez maintenant que le plancher légal est d'un an.

Sur la gratuité elle-même, il y a une chose vérifiable et une chose qui ne l'est pas, et c'est traité en détail dans l'article sur le calendrier et les obligations : il n'existe aucune voie publique gratuite d'émission ou de réception, le portail public ayant perdu ce rôle en octobre 2024. Des plateformes visant les indépendants figurent bien sur la liste définitive, notamment INDY, ABBY, TIIME, PENNYLANE, QONTO et SHINE. Que leurs offres soient gratuites, et le restent, ne se lit dans aucun document officiel.

Le calendrier qui pèse sur cette décision

Pour un auto-entrepreneur, une seule échéance concerne le choix d'une plateforme : le 1er septembre 2026, et elle porte sur la réception, pas sur l'émission.

Attendre votre échéance d'émission de septembre 2027 pour choisir serait une erreur de lecture assez répandue : vous seriez en défaut dès septembre 2026. À l'inverse, il n'y a rien à préparer côté formats, envoi ou transmission de données cette année.

Si vous êtes en franchise en base et que vos clients sont des particuliers, ce que la réforme attend de vous à terme est encore différent, et ce n'est pas une exemption : le détail est ici.

Ce que Kodō ne fait pas

Kodō n'est pas une plateforme agréée et n'est raccordé à aucune. Rien dans cette page ne doit se lire comme une candidature : le choix dont il est question ici se fait ailleurs, et il ne se remplace pas par un logiciel de suivi de clients.

Cette précision n'est pas une formalité. La période va être pleine d'outils qui présentent une mise en conformité 2026 alors qu'en 2026, un logiciel de facturation n'a rien à faire pour vous : l'obligation de l'année se règle en désignant une plateforme, pas en changeant d'outil.

Sources

Textes consultés le 8 août 2026.

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